Poursuivre sa vie quoiqu'il arrive ...


Au lendemain des attentats de Zaventem, je me lève complétement KO. La nuit a eu  son effet dévastateur sur moi. Hier j’étais en colère, triste. Aujourd’hui je suis angoissée, inquiète. Je me souviens des jours heureux et d’insouciances  ou je pouvais aller partout sans craindre pour ma vie, ni celle de ma tribu.

J'ai été choquée par les attentats de Paris en novembre dernier, j'ai trouvé çà horriblement monstrueux. Malgré le déferlement d’informations anxiogènes en continu à la télé, je me sentais encore en sécurité ici au fin fond de la France. J’ai des proches qui habitent Vincennes, des amis qui habitent la capitale, mes pensées à ce moment-là sont allées directement vers eux, mais ma tribu était loin physiquement de l’horreur et donc forcément en sécurité.

J’habite à la frontière avec la Belgique, à moins de 50 mètres exactement. Je suis le fruit d’un amour franco-belge. Mes parents habitaient en France, mais je suis née en Belgique. A la maison, on parlait le flamand, à 3 ans j’ai appris le français en intégrant l'école maternelle. A cette époque, seul un trottoir séparait nos 2 pays. Nous avions tous 2 porte monnaies (franc belge, franc français). D’un côté comme de l’autre on traversait la douane pour faire nos courses. Nos voisins venaient achetés du fromage, on allait chez eux acheté de la bière. En fonction du prix de l’essence, on l’allait dans un pays ou dans l’autre. (Aujourd’hui encore d’ailleurs.)

J’ai grandi au sein de 2 cultures, à la frontière de 2 pays.

Cela fait 19 ans que je travaille pour une société belge. Beaucoup d’entreprises belges avant 1992 sont venus s’installer dans ma ville pour pouvoir attaquer le marché français sans que leurs clients aient à subir l’épreuve du  dédouanent. En 1992, à la mort des postes frontières, les choses changent. Les transitaires en douane ne sont plus, mais les sociétés belges implantées dans le zoning, comme ils disent, restent.

En 1997, je suis embauchée par le leader européen de la pâte feuilletée prêt à garnir qui est implanté sur le territoire de ma ville depuis les années 80. En 2010, on me demande de rejoindre le siège de la société à Ieper. Je deviens un salarié frontalier. Une des dernières, car ce statut fiscal n’hésitera plus à partir du 1er janvier 2012.

Jusqu’à aujourd’hui cette frontière entre les 2 pays n’a jamais vraiment existé pour moi. Je suis tour à tour Française ou Belge, parfaitement bilingue. Je suis toujours passée d’un pays à l’autre en quelques secondes, et cela parfois 4 à 6 fois dans une journée.

Ce matin tout a basculé, c’est la 1er fois que je voie l’armé posté à la frontiére .Voilà un signe fort qui montre que nous sommes bien en guerre. Une guerre sournoise, qui fait de chacun de nous une cible potentielle dans une bataille que l’on n’a pas souhaitée.

Je n’ai jamais vue la frontière ainsi, je ne pensais jamais la voir ainsi, et j’espère du plus profond de mon cœur que cela changera vite. Je ne veux pas que ma fille puisse vivre dans la crainte de devoir se déplacer, de rire, de chanter, danser ou encore de manger des moules frites comme le chante Stromae. Ici, nous sommes au cœur de l’Europe, je veux qu’elle puisse être libre d’aller où elle veut.

Les derniers attentats m'ont touché parce que ces monstres s’approchent de ma maison, de ma tribu.

L’inquiétude s’installe petit à petit, transforme les peurs, certains ont des propos qui ne sont que colère. Des paroles terriblement blessantes dont les auteurs n’ont pas réellement consciences de la portée des injures qu'ils émettent à voix hautes vis-à-vis de toute une communauté.

Tous les allemands n'étaient pas des nazis.
Tous les musulmans ne sont pas des terroristes.

Le mélange de mes 2 origines n'a pas d'effet sur ma peau, cela ne se voit pas du tout (Blanc + blanc = blanc). Je trouvais çà un peu monotone. L'amour a fait le reste et il a apporté un peu de couleur au sein de ma famille. Dans le sang de ma fille coule encore une autre origine. Cette fois, elle vient d’Afrique du Nord.

J’ai vue des musulmans pleurer devant les actes de barbaries commis par ces brutes au nom de leur Dieu. Je ne peux pas accepter que l’on dise que tous les musulmans sont des méchants sans cœur. Je respecte tout le monde, toutes les croyances, les non-croyants aussi, toutes les sexualités, je croie encore en l’homme.

Mais aujourd’hui tout au fond de moi j’ai peur.

Mais je vais prends sur moi pour ne pas transmettre cette peur à ma fille. Elle n’a pas demandé à venir au monde, et à subir ce terrorisme sanguinaire. Lolipopo est née à l’aube de l’été 2001 ... avant la fin de celui-ci aura lieu l’attentat le plus meurtrier au monde.

Depuis, nous avons appris à vivre avec. On pense toujours que cela ne nous arrivera pas, mais aujourd’hui je ne suis plus sûr de rien.

Dans 14 jours, nous décollerons de Zaventem pour nous rendre à Chypre. L'enregistrement doit se faire dans le hall qui se situe juste à côté de celui ou ont eu lieu les attentats. C’est avec la peur au ventre que je vais prendre la direction de l’aéroport mais il faut continuer à vivre normalement, et espérer en un monde meilleur pour nos enfants.

La vie doit continuer … partout … ici et ailleurs.
Espérer que l'amour sera plus fort que la violence.
Poursuivre sa vie, notre vie ...

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